Au concert 2

Josquin Otal et Elia Cohen Weissert nous ont cette année encore concocté un programme sur mesure avec des œuvres variées, colorées, profondes, étonnantes, prenantes. Leurs interprétations lumineuses, éblouissantes autant qu’intimes ont su se faire oublier pour nous mettre directement en contact avec les œuvres. Intercesseurs charmants et humbles, ils ont ravis nos yeux pour mieux guider nos oreilles, mettant Chopin, Prokofiev, Rachmaninov, Schubert, Fauré et Rossini à notre portée avant de boire un verre avec nous – servi fort à propos par l’organisateur René Nambotin –  en amis, dans cette ambiance champêtre et simple, tranchant probablement avec leurs vies d’étoiles internationales montantes. « J’espère que vous avez pu comprendre tous les mots ? », demandait timidement Elia suite à son interprétation délicieuse au chant, de Le papillon et la fleur, de Gabriel Fauré.

Extrait de bribes d’impressions d’écoute, sur la sonate pour violoncelle et piano de Frédéric Chopin.

I   Dans sa procession solitaire, d’un pas décidé – autant que le permet sa forme éthérée – il nous mène cueillir les fleurs d’émotions du jardin d’une vie. Epines bravées, bleuet suspendu, roses chéries, il repart du même pas, des harmoniques accrochées aux cheveux, la tendresse posée sur l’épaule, le regard glissant sur la sente de ses larmes de joie répandues. Il avance vers l’Apex de son soleil intérieur. Intensément tendu vers l’abandon, gravement il badine.

Au fait, ils étaient Un, probablement trois avec Chopin. Etait-ce lui que l’on suivait en personne ? Sûrement.

On applaudit. Quoi, ce n’était que le premier mouvement ? Nous sommes partis si loin, laissez-nous vous le dire en vous embrassant des mains.

II   Au grondement des cordes à vide répond le déroulé des arpèges fluides. On dirait qu’un enfant émerveillé visite toutes les possibilités de l’instrument avec les mains d’un virtuose et l’appétit d’un tout petit. Mille couleurs s’allument si vite que ç’en devient un frisson. Si les mouches ou un téléphone voulaient nous tirer de ce rêve, les doubles cordes intenses nous attrapent l’âme pour nous élever de force dans la danse où les quintes chthoniennes s’occupent à ligoter le chaos de nos contingentes velléités avec assez de force pour nous en libérer.

Nous voilà devenus suffisamment légers pour caresser la tempête céleste avec autant de volupté que s’il s’était agit d’un doux zéphir.

Hélène M.B.

Crédit photo : Foyer Rural de Ceyzérieu

5 réflexions sur “Au concert 2

  1. Bravo pour ce très beau texte qui nous fait partager avec tant de volupté ce doux moment musical. Aux cordes frappées du piano je préfère celles frottées par l’archet. Mon fils est violoncelliste et nous ravit de ces moments uniques soufflés par les plus grands compositeurs.

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