HUGUES LE FORGERON

La limaille macule le sol de son léger éclat

Au mur l’outillage raconte les pères d’un art sans âge

A hauteur du présent le dernier enfant frappe sans rage

La matrice métallique ; l’étincelle jaillit du fracas.

 

Elément insaisissable, lien de la Terre à l’enfer,

Le plus léger et le plus imposant ennemi de l’homme

Crépite et ploie, s’élance en transe puis ravale son mystère :

Ici l’union décuple les forces de l’impossible somme.

 

L’addition des contraires défie la logique du fer,

La perfection grince : le fer farouche fond dans la forge

Offrant ses formes au désir du marteau, rouge d’écume.

 

L’effrayante saillie donna les armes de la guerre

Depuis Vulcain, cocu, dont Vénus assèche la gorge

L’homme forge. Lentement s’émousse le dos de l’enclume.

 

Hélène Bourgeais, 2000
dépôt Scam N°2012-07-0106