Parade éperdue

PARADIS PERDU

« Ô maison, j’ai recraché la pomme,

Ôte-moi ce vieil habit d’homme ! »

Dit le loup à la lune un soir sous le bitume

Comme le fou sur sa dune râlait devant l’écume.

Des jours que sonne le glas

et le pas ne meurt pas

D’alterner ses solitudes

Sous couverts d’habitude.

Ô raison ! J’ai renoncé aux sommes

D’insensés sentiments et découpé la pomme.

Au salaire d’être fier ajoute les rivières

Qui charrient les poisons de la Terre.

Horizon ! Cesse d’avoir l’air si long,

Avoue que tu n’es qu’illusion,

Reprends tes pépins et congèle-les

Nous, nous n’avons semé que tondus et pelés.

Les lyres s’égosillent et le roi reste à terre,

Dessous même parfois en janvier

Quand la guerre s’en prend à ses pairs,

Que les têtes roulent sur le gravier.

Et puis c’est tous les jours ainsi :

L’or est là, on le tue

Pour amasser discrètement

Quelques preuves d’incrédulité,

Quelques billets et pièces dorées,

Quelques gouttes d’huile à brûler,

Enfin tout ce qui pue

Et tout ce qui n’a pas d’odeur

Pour éviter celle de la peur ;

Passagère des navires libres,

Belle amie.

Odieux humains qui de l’autre êtes l’enfer

Grappillez bon, pas un radis ne sera perdu.

Hélène Bourgeais

1999